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Vivre et voter ici

Le 4 septembre, s’il accepte l’initiative « Vivre et voter ici », Vaud  pourrait devenir un canton pionnier en accordant le droit de vote et  d’éligibilité aux étrangers-ères.

Vivre et voter ici

Depuis des dizaines d’années le PS se préoccupe des droits  politiques des étranger-ères. La raison en est simple. Toute personne qui  participe à une société a le droit d’exprimer son opinion sur la façon dont  celle-ci doit évoluer. Que cette personne soit riche, pauvre, homme, femme, indifféremment  de son passeport.
Jusqu’à la Révolution française, seuls les patriciens  votaient. Puis le Tiers Etat a également eu le droit de vote. Mais uniquement  les hommes. Puis la Suisse, une des dernières démocraties à avoir instauré le  droit de vote des femmes, s’est résigné à croire ce que le Vatican avait mis  des centaines d’années à décider : les femmes ont une âme…

Etrange ressemblance des arguments pour les opposant-e-s  entre le droit alors nié aux femmes et celui d’aujourd’hui nié aux  étrangers-ères… La légitimité des unes à l’époque et des autres aujourd’hui est  mise en cause. L’illégitimité de par leur nature : celle  d’être femme pour les unes, celle d’être étranger-ère pour les autres.
Il est un changement fondamental qui doit s’opérer dans nos  sociétés. Il faut différencier la notion de citoyenneté et celle de  nationalité-identité. Au nom de quoi, seules les personnes se réclamant de  nationalité suisse pourraient exprimer à travers l’acte fondamental du vote  leurs idées sur la vie en société, dans laquelle des non Suisses apportent leur  contribution ? Qu’elle soit financière (impôts),  économique (travail), sociale (engagement), culturelle ?

Les opposant-e-s nous ramènent souvent à la notion de  naturalisation pour pouvoir exercer le droit de vote et d’éligibilité.  Pourtant, la naturalisation ne se rapporte qu’à la notion d’identité. Je peux  ne pas être suisse et avoir une idée de combien doit coûter ma prime  d’assurance maladie, ou le niveau du salaire minimum. Je peux ne pas être  suisse et vouloir participer à la vie politique. Il n’est d’ailleurs pas dit  que les étrangers-ères souhaiteront tous s’exprimer. Il n’y a pas de différence  de ce point de vue là entre Suisses et étrangers. On le constate lors des votations  et élections communales. Le taux de participation des uns et des autres est  faible.

C’est pour toutes ces raisons que le droit de vote et  d’éligibilité aux étranger-ères accordé au niveau communal depuis 2006 veut  être étendu au niveau cantonal à travers l’initiative « Vivre et voter ici ».  Pour en finir avec la démocratie censitaire.


Michele Scala, co-président du comité d’initiative, membre  du PS et vice-président des Colonies Libres italiennes, démonte les clichés qui  contribuent à semer la confusion.   Extrait de son livre « La  migration expliquée à mes élèves ».

Les étrangers-ères ne  peuvent-ils/elles pas se naturaliser s’ils/elles veulent voter ?
Michele Scala: De nombreux Etats en Europe et dans le Monde  interdisent la double nationalité. Dans certains pays, les étrangers-ères  naturalisé-e-s perdent même tout droit dans leurs pays d’origine (autorité  parentale si divorcé, héritage, etc.).

A quoi cela sert-il  de faire voter les étrangers-ères si ensuite ils/elles ne vont pas voter ?
MS : Le pourcentage  des immigré-e-s qui votent est très bas, voire inférieur aux pourcentages  suisses. Avant tout, il y a un problème de culture politique et d’information  sur la manière de voter. Il est certain que les étrangers-ères ne sont pas  habitué-e-s à voter autant et en si peu de temps. La pratique des droits  politiques s’apprend et n’est pas automatique. La participation politique  s’accroît avec le temps. N’oublions pas non plus que la manière de voter peut  être complexe et difficile pour quelqu’un qui ne l’a jamais fait. Dans certains  pays autoritaires, la politique est associée au mal et à la douleur. Avec  l’introduction du droit de vote accordé aux femmes en 1971, la participation  n’a pas été immédiate.

Pourquoi vouloir  l’élargir alors que les taux sont assez faibles ?
MS: Pour les étrangers-ères comme pour les autres catégories  de population, féminine ou jeune, le manque de personnes en qui pouvoir  s’identifier joue un rôle important. S’il n’y a pas de candidat-e-s dans lequel  se reconnaître, il est difficile de voter. Il faut également  se débarrasser du mythe qui dit, à tort, que  si les étrangers-ères avaient le droit de vote, ils/elles voteraient en masse  et de surcroît, à gauche ! Les  étrangers-ères se repartissent  de  manière équilibrée, autant à gauche qu’à droite. Le président de l’UDC  vaudoise est bel et bien d’origine italienne. Des citoyen-ne-s naturalisé-e-s  sont à l’origine de la section UDC de Renens. Dans les cantons, où les  étrangers-ères votent au niveau communal, il   n’y a eu ni bouleversement ni révolution !

Que peut-on tirer de  l’expérience du vote des étrangers-ères au niveau communal ?
MS: L’expérience est positive. L’octroi des droits  politiques sur le plan communal a des effets significatifs en la matière  contrairement à ce que l’UDC dit. On remarque plus d’intérêt de la part des  Suisses pour ce que font les étrangers-ères et vice-versa. Lors des dernières  élections communales, des séances et des débats d’informations ont eu lieu dans  les locaux et les cercles des communautés étrangères pour parler de retraite,  du chômage, de l’assurance maladie, des salaires, mais aussi des logements, des  prix de locations, de l’école, des taxes, du travail, de la protection civile,  des pompiers, et du sport. Du jamais vu ! Quel  changement de mentalité ! Dans ce  sens-là, je me sens tout à fait intégré et je ressens très fort le sentiment  d’appartenance à une communauté multiculturelle.
Pour certains étrangers-ères, l’élection au conseil  communal, c’est l’occasion de se naturaliser. C’est le cas de pas mal de  conseillers communaux qui ont franchi le cap définitivement. Suisses et  immigrés peuvent partager les mêmes valeurs et discuter sur les mêmes thèmes.